Réforme de la formation initiale et stagiaires 2020-21 : compte-rendu de l’audience

En introduction à votre lecture de ce compte-rendu, il nous semble utile (afin de ne pas vous perdre!)… De vous préciser que, oui, et surtout pour l’année de “transition” à venir cette réforme est particulièrement illisible et que nous aussi nous nous y perdons ! Pour bien suivre notre propos, nous vous engageons donc à vous servir des tableaux récapitulatifs de la réforme que nous mettons en illustration…

Et pour mieux comprendre encore les idées TRÈS CLAIRES que cache cette réforme TRÈS OBSCURE , nous ne pouvons que vous pousser à lire ce qu’écrit un collègue chercheur au sujet de cette réforme ou bien l’analyse que propose le secteur national du Snuipp-FSU.

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Présent.e.s à l’audience : Valérie Legros (INSPE), Max Gratadour (Rectorat, doyen des IEN, chargé du suivi des formations), Antoine Guillaumie, Solen Marche et Nathalie Sieg (SNUipp-FSU)

Préambule : Max Gratadour explique que la Rectrice étant nouvellement arrivée, elle ne pouvait être présente comme il était prévu au départ, lui et Mme Legros la remplace donc.

Le SNUipp-FSU aurait pourtant voulu qu’elle nous entende à ces sujets. Max Gratadour propose qu’il y ait prochainement une autre audience en sa présence quand davantage d’arbitrages seront connus sur le sujet de la réforme de la formation initiale.

En outre, nous demandons que la prochaine réunion soit en présentiel.

L’audience sera en 2 parties, nous parlerons d’abord de la formation à venir puis il sera question de nos inquiétudes au sujet de la situation des stagiaires actuel.le.s.

Le SNUipp-FSU de l’Académie de Limoges lit une déclaration liminaire. Celle-ci reprend largement les analyses du Snuipp-FSU national que nous mettons en lien au-dessus, dans notre introduction.

1. Réforme de la formation initiale :

Formation INSPE

Valérie LEGROS indique que le dossier pour la mise en place de la réforme de la formation initiale a été transmise au Ministère et est en attente de validation. Elle décline les grandes lignes du futur MASTER MEEF qui rejoignent, d’après elle, les revendications de la FSU en terme de formation :

UE1 (unité d’enseignement) : Formation transversale – Enseignements (savoirs pour enseigner)

UE2 : Savoirs disciplinaires et didactiques (savoirs à enseigner et pour enseigner)

UE 3 : Stages – Réflexivité – Initiation à la recherche

Elle insiste sur le fait que la formation doit être adaptée en fonction de l’actualité de la recherche notamment en sciences de l’éducation.

Dans la formation actuelle, les analyses de pratiques professionnelles sont plébiscitées par les étudiants. Il est donc important de conserver ce point. Le thème « réflexivité », développé en UE3, permettra de faire un retour des observations et pratiques de classe menées notamment lors des stages.

Différents parcours pour accéder au concours du CRPE (décalé après le M2 MEEF)

Max Gratadour précise les différents dispositifs qui seront disponibles à partir de la rentrée prochaine :

  • Étudiant.e.s en Master MEEF qui, une fois le concours validé, se retrouveront stagiaires pendant une année dont les modalités ne sont pas encore définies par le Ministère.
  • Étudiant.e.s en Master MEEF qui choisiront de signer un contrat d’alternance avec l’Éducation Nationale. Le nombre de place sera limité puisqu’il faut trouver des supports pour les accueillir ainsi que des tuteurs INSPE et professeur.e.s des écoles formateurs.trices pour assurer leur suivi. Ils assureront les compléments de service de collègues professeur.e.s des écoles en décharge de direction ou en temps partiel à hauteur de 33% de quotité de travail , soit une journée par semaine (très probablement le lundi) + deux périodes « massées » sous le format de deux fois dans l’année : 3jours + 3jours (soit deux semaines complètes si on rajoute la journée hebdomadaire). Ces périodes seront programmées en période 2 ou 3 afin de consacrer la période 1 à une préparation à ces périodes de remplacement plus longues. Après obtention du concours, ces personnes seront à temps plein en classe.
  • Étudiant.e.s ayant signé un contrat d’AED préprofessionnalisation. (18 contrats sur l’Académie en L3). Ce contrat est signé à partir de la L2 à hauteur de 8h de temps de travail hebdomadaire en classe avec prise de responsabilités progressive auprès des élèves jusqu’à aboutir en M1 à des situations de prise en charge complète de classe. Rien n’est entériné en M2 pour ces contrats pour le moment mais ils devraient être fondus dans le dispositif M2 alternants selon M. Gratadour. Les lauréat.e.s du concours devraient, à l’instar des étudiant.e.s en contrat d’alternance, prendre en charge une classe à temps plein dès leur première année de titularisation.

Les étudiant.e.s « classiques » du Master MEEF ainsi que leurs homologues ayant signé un contrat d’alternance auront la même formation à l’université. Pour le moment, rien n’est défini pour les étudiants en contrat d’AED préprofessionnalisation mais il est très probable qu’ils participent à la même formation.

L’année 2021-2022 sera une année transitoire, c’est-à-dire qu’il y aura, à la fois :

– des PESA sous le format actuel de la maquette de formation initiale

– des étudiants en contrat d’alternance

– des étudiants en contrat AED préprofessionnalisation

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Nous avons soulevé le fait que cela allait poser certainement toute une série de problèmes dont nos interlocuteurs en conviennent. Des articulations sont à définir, au moins pour l’année de transition à venir, entre les 3 dispositifs :

– supports de stage PESA : entre les lundis des étudiants en alternance, les supports PESA, les temps de travail pour les AED, les contraintes de distance par rapport à l’INSPE, il va être difficile de les définir. Les collègues déchargé.e.s en direction ou en temps partiel se verront donc très certainement imposé.e.s d’être remplacé.e.s par des stagiaires. Le SNUipp-FSU s’inquiète de cette décision qui imposera encore à des collègues qui ne le souhaitent pas ou plus de devoir accueillir des étudiants sans formation ou des stagiaires en formation. Ceci implique effectivement une surcharge non négligeable de travail pour des enseignants qui ont besoin justement d’être déchargé.e.s d’une partie de leur travail. Nous savons également qu’il est difficile pour les stagiaires d’être accueillis par des collègues qui le font « à reculons ».

– emploi du temps de formation : conscient.e.s déjà des difficultés d’organisation de cette année (cours pendant les vacances, certains mercredis après-midi après la classe, les soirs…) nous craignions qu’avec la complexité des supports de stage, les horaires de cours soient encore plus contraintes au détriment des collègues en formation. Nous répétons combien ces années sont difficiles, rendre l’entrée dans le métier toujours plus complexe ne fera qu’augmenter les souffrances de nos collègues et rendre l’enseignement toujours moins attractif.

– enfin nous craignions que cela freine le mouvement notamment en bloquant des supports de remplacement ou de décharge.

Actuellement, il y a 90 PESA sur l’académie ce qui correspond à 45 Equivalent Temps Plein (ETP). La capacité d’accueil ne sera pas augmentée, les contrats d’alternance seront compris dans cette quotité. Il y aura donc, l’année prochaine, moins de PESA, au profit de l’ouverture aux contrats d’alternance.

La sélection pour l’entrée à l’INSPE se fait par des épreuves de positionnement en Français, Mathématiques et Culture scolaire.

Pour mettre fin à des rumeurs qui circulent, Max Gratadour et Valérie Legros rappellent que les sites et les formations à Tulle et Guéret ne sont nullement en danger. L’Académie est attachée à la pluralité des lieux de formation qui correspond davantage aux profils variés des écoles en Limousin.

Le SNUipp-FSU regrette la précipitation de mise en oeuvre de cette réforme dont tous les points ne sont encore pas précisés dans les académies.

Valérie LEGROS indique que de nombreuses questions ont été envoyées (vont être envoyées ?????) au Ministère afin de lever certains flous pour la rentrée prochaine.

Le SNUipp-FSU déplore une formation « au rabais » qui ne permettra pas de faire face à la crise de recrutement que connait l’Éducation Nationale. Ce n’est pas en précarisant le métier qu’on le rend attractif ! La précarisation du métier est pourtant inquiétante : le temps de formation est rallongé, sans moyens supplémentaires ; financièrement, l’Éducation Nationale fait des économies : moyens de remplacement à 900 € net par mois pour les AED en préprofessionnalisation, 850€ brut par mois pour les contrats d’alternance ; ces nouveaux statuts ne garantissent pas un avenir certain dans l’Éducation Nationale (ce n’est pas parce qu’on a été contractuel.le qu’on a le concours et qu’on est titularisé.e) ; tous ces dispositifs vont forcément entraîner une baisse des postes au concours !

PPPE (Parcours Préparatoire au Professorat des Ecoles)

Ce nouveau dispositif entre en vigueur à la rentrée 2021. Ce parcours est rattaché au lycée Turgot de Limoges adossé à la licence pluridiscplinaire Sciences et Mathématiques de l’Université de Limoges en lien avec l’INSPE de Limoges. Les formateurs seraient des profs de lycée et de l’INSPE. Mais rien n’est tout à fait décidé à ce jour. Il devrait concerner une vingtaine d’étudiants.

Le SNUipp-FSU ne comprend pas comment la multiplication des parcours pour la préparation au métier de professeur.e.s des écoles peut simplifier et clarifier l’entrée dans le métier. Cela manque de cohérence.

2. Situation des PESA 2020-2021

Le SNUipp-FSU rappelle que l’année de stagiaire est déjà difficile en temps normal, mais que la crise sanitaire accentue les difficultés rencontrées. De plus, la période, allant de début novembre à début février, a été en grande majorité très mal vécue par les stagiaires. En effet, comment expliquer l’incohérence des mesures prises par le gouvernement qui autorisait les stagiaires à aller en classe les lundis et mardis mais qui leur interdisait de se retrouver entre adultes responsables et respectueux des gestes barrière le reste de la semaine ? Cette période de « demi-confinement » a été difficile notamment dans une période où le travail en groupe était nécessaire et les échanges entre pairs et avec les formateurs.trices devenus presque vitaux. Et que dire des remarques infantilisantes et désobligeantes faites à l’encontre de certain.e.s stagiaires quant à leur tenue vestimentaire lors des cours en visio… Cela semble tout à fait déplacé et le SNUipp-FSU le condamne.

Valérie Legros partage l’avis du SNUipp-FSU sur les difficultés de la période passée, dues à la gestion de la crise sanitaire et des mesures prises par le gouvernement. Elle insiste sur le fait qu’il est nécessaire pour les stagiaires et les formateurs.trices de se voir. Les nouveaux protocoles autorisant l’INSPE à accueillir 20 % des étudiant.e.s en présentiel, l’INSPE met à présent en place le plus possible de cours sur site. Cela facilite les échanges, les partages. Néanmoins, elle assume le fait d’avoir rappelé à l’ordre certain.e.s stagiaires sur leur tenue vestimentaire. Pour elle, même en visio, on se doit d’être présentable, à l’image de ce qu’un.e professeur.e, fonctionnaire de l’État, doit être en classe.

Le SNUipp-FSU ne partage pas tout à fait cette analyse et insiste sur le fait que la tenue vestimentaire ne doit pas devenir une obsession.

Le SNUipp-FSU indique également qu’à situation de concours exceptionnel aurait dû être proposée une formation exceptionnelle. Effectivement, l’oral du concours ayant été annulé par le gouvernement, le nombre de stagiaires en reconversion, n’ayant pas été scolarisé en M1 MEEF a été plus important que les années précédentes. Ceci aurait dû être pris en compte dans la maquette de formation. On se retrouve avec de nombreux.ses stagiaires en protocole de suivi renforcé qui vivent mal cette situation qui leur demande une charge de travail supplémentaire. Il aurait été sûrement plus judicieux d’adapter la formation à ce public, ce qui aurait été moins stressant pour tout le monde.

Nous sommes particulièrement inquièt.e.s des nombreuses situations de surcharge de travail et de stress, d’arrêts parfois prolongés, même de burn-out dont nous avons connaissance. Depuis de nombreux mois nous nous sommes faits porte-paroles de ces PESA et nous considérons, comme elles et eux, que les parcours renforcés ne répondent pas à leurs attentes.

Valérie Legros dit partager nos inquiétudes et tente par des appels d’expliquer et dédramatiser les protocoles renforcés. En période 3, quelques protocoles renforcés se sont ajoutés pour pointer des aspects « stagnants » qui auraient dû évoluer. Nous insistons sur le fait que, malgré les explications, le ressenti des stagiaires reste assez négatif et que la plupart préféreraient plus de temps d’observation de classe, ou davantage de conseils ciblés et de supports concrets (fiches de prep, programmation…) qui, sans être des modèles, permettent de mieux comprendre les attentes et les remarques.

Le SNUipp-FSU déplore que les stagiaires ne soient pas tous et toutes logé.e.s à la même enseigne sur les 3 antennes de l’INSPE dans l’académie. En effet, alors que les stagiaires ont eu la totalité des vacances scolaires à l’automne et en février dans les départements de la Creuse, il n’en a pas été de même ni en Corrèze, ni en Haute-Vienne.

Valérie Legros explique que la quotité de formation est la même pour tous les stagiaires de l’académie. Si les stagiaires de Corrèze et de Haute-Vienne n’ont pas eu de congé sur la totalité des vacances scolaires, c’est parce qu’ils avaient d’autres moments libres à des moments où leurs homologues creusois.e.s étaient en cours.

Le SNUipp-FSU regrette ces disparités sur les trois sites, notamment cette année alors que des nombreux.ses stagiaires sont en reprise d’étude et se retrouvent en difficulté pour faire garder leur(s) enfant(s) sur le temps des vacances scolaires.

Le SNUipp-FSU indique également que les changements d’horaires répétés, à différents moments, ne permettent pas aux stagiaires de s’organiser facilement et de prévoir leur travail pour l’INSPE.

Prochaines dates importantes :

Max Gratadour rappelle qu’un message a été envoyé aux stagiaires leur indiquant que :

  • Le mercredi 24 janvier auront lieu les entretiens de mi-parcours avec IEN et tuteurs.trices disponibles
  • Le mardi 30 mars pour les stagiaires de Limoges (groupe A) et le vendredi 2 avril pour celles et ceux de Corrèze, Creuse et groupe B de Limoges auront lieu les entretiens professionnels avec un IEN (différents de celle ou celui étant leur supérieur.e hiérarchique et ne siégeant pas au jury de titularisation) et un CPC qui n’est pas leur tuteur.trice. Cf BOEN du 24 décembre 2020
  • 29/05 épreuves de positionnement français /maths/ culture scolaire pour entrer en M1. Inscription sur le site de l’Université de Limoges
  • Le 22 juin aura lieu le jury de titularisation qui recevra les stagiaires pour lesquel.le.s la titularisation pose question

Le SNUipp-FSU rappelle qu’il est totalement incompréhensible d’imposer un entretien professionnel qui validera, ou non les mêmes compétences qui sont d’ores et déjà évaluées par ailleurs…

Max Gratadour sort son joker et précise que c’est une commande ministérielle.

Démissions :

Max Gratadour explique que 18 démissions ont été enregistrées depuis que les résultats du CRPE ont été communiqués. Il indique que certain.e.s ont démissionné dès le mois de juillet. D’autres, notamment deux en Corrèze ont indiqué leur intention de se réorienter après s’être rendu compte qu’ils ou elles se faisaient une autre idée du métier.

Pour le SNUipp-FSU ce nombre relativement important de démissions pose tout de même question. La crise de recrutement que connait la profession semble s’installer et même s’amplifier, ce qui n’est pas un bon signe pour les années à venir.

Max Gratadour clôt l’audience en rappelant qu’il reste à notre disposition pour toutes questions ou demandes qui se poseraient à nous.

Antoine Guillaumie, Solen Marche et Nathalie Sieg pour les SNUipp-FSU de la Corrèze, de la Creuse et de la Haute-Vienne