Un « Acte 2 » qui pourrait donner une respiration…
Lors du groupe de travail sur le plan national de formation le 9 avril, le responsable à la DGESCO de la formation, de l’innovation et des ressources, a expliqué que « l’acte 2 de la formation continue » du 1er degré avait été organisé avec 2 préoccupations :
– assurer, dans les 4 années qui viennent, 1/3 du temps de formation des PE (24h sur 4 ans) hors des « fondamentaux » français-maths et 2/3 (48h sur 4 ans) à la poursuite des plans français, maths et maternelle ;
– partir des demandes et des besoins des équipes.
Même si les 18h d’animation pédagogique annuelles ne représentent pas, pour la FSU-SNUipp, la formation continue à laquelle les PE devraient avoir droit (sur temps de classe et avec le remplacement nécessaire), nous avons approuvé qu’il y ait (enfin !) 1/3 de formation choisie par les collègues en dehors des “fondamentaux”, et que l’ensemble de la formation soit élaboré à partir des demandes et besoins des collègues. Pour mémoire, les données PISA 2022 confirment que les systèmes éducatifs les plus centrés sur les « fondamentaux » sont aussi les plus inégalitaires.
… si nous contenons les managers !
Pour le responsable de la formation, les « résidences pédagogiques » – qui ne sont cadrées par aucun texte – sont une manière de rapprocher les équipes de circonscription (IEN et CP) des équipes d’école, afin de mieux répondre à leurs demandes et besoins. Mais les remontées de plusieurs départements laissent entrevoir une autre version.
Dans plusieurs circonscriptions, les équipes entendent qu’elles seraient conceptrices de leur plan de formation, mais que les demandes devront être « corrélées » aux indicateurs définis par l’équipe de circonscription. Or, lorsque l’indicateur numéro 1 reste les résultats aux évaluations nationales, il apparaît rapidement qu’il n’y a, en réalité, aucune marge de choix : la formation sera de toute façon recentrée sur les « fondamentaux », seuls domaines évalués par ces tests.
De zélés managers se saisissent de cet « Acte 2 » pour tout imposer (résidences pédagogiques, visites dans les classes, analyse des résultats aux évaluations nationales, réunions pléthoriques, contenus de formation imposés…). Les directrices et directeurs sont mobilisé·es dans l’élaboration et la conduite managériale de ces actions de formation.
La FSU-SNUipp a donc un rôle à jouer pour que les personnels soient mieux pris·es en compte et respecté·es.
Pour mémoire
– La circulaire de rentrée, parue le 7 mai stipule que « la rentrée 2026 verra se poursuivre les efforts engagés sur la formation, notamment en faveur des formations à l’initiative des équipes locales, l’accompagnement et la reconnaissance de votre engagement. ». C’est un point d’appui récent et majeur pour une formation librement choisie par les équipes des écoles.
– Aucun temps de travail (réunions, formations…) ne peut être imposé en dehors du cadre des 108h. Rappelons également qu’une liberté a été accordée pour la gestion des 108h dans la circulaire du 25/08/2020 : « les directeurs d’école ont, avec les équipes pédagogiques, la pleine responsabilité de la programmation et de la mise en œuvre des 108 heures dans le respect de la répartition réglementaire« .
– Aucune modification réglementaire n’autorise l’institution à considérer que la formation continue est systématiquement une formation d’équipe ; les demandes ou besoins individuels restent pleinement légitimes.
– Le Code de l’éducation précise que « L’offre de formation continue est adaptée aux besoins des enseignants. » … On peut donc argumenter qu’une action de FC qui s’impose avec autoritarisme, sans adhésion des collègues, relève plus d’une situation anxiogène que d’une offre adaptée à leurs besoins.
– Le référentiel de la direction d’école – qui ne fait pas des collègues directrices et directeurs des adjoints de l’IEN ou des managers – reste valable jusqu’à publication du nouveau. D’ici là, la loi n° 2021-1716 du 21 décembre 2021 créant la fonction de directrice ou de directeur d’école dit que « Le directeur d’école propose à l’inspecteur de l’éducation nationale, après consultation du conseil des maîtres, des actions de formation spécifiques à son école.«
– Dans le cadre des « plans » (français, mathématiques et maternelle), les enseignant·es sont pleinement associé·es aux choix des objets comme des modalités de travail « Il [le plan français] rend les professeurs pleinement acteurs de leur formation en les associant à la définition des thématiques et des modalités de travail. Il reconnaît ainsi leur professionnalité, promeut leur réflexion collégiale et les responsabilise dans la dynamique de formation » (voir guide plan français https://eduscol.education.gouv.fr/sites/default/files/document/guide-pour-le-plan-francais-67863.pdf)
– Pour le tiers temps hors « fondamentaux », les interventions syndicales dans les circonscriptions peuvent soutenir les formateurs et formatrices du 1er degré qui souhaitent répondre à une palette plus large de demandes des collègues,
– La tendance est à confier la conception des formations aux écoles académiques de la formation continue (EAFC). La FSU-SNUipp doit également peser sur la tenue des conseils académiques et départementaux de formation (CAF et CDF), et sur leur association réelle à l’élaboration des plans de formation, comme le prévoit le schéma directeur de la FC 2025-2029 : « Le conseil académique de la formation (CAF) associe les représentants de tous les personnels à la mise en œuvre de la stratégie académique de formation continue, de son élaboration à son bilan. […] Le CAF s’appuie, en ce qui concerne la formation des professeurs du premier degré, sur le conseil départemental de la formation (CDF), instance déconcentrée participant à la déclinaison locale de cette stratégie. Les CAF et les CDF sont en dialogue avec les conseils des EAFC. » https://www.education.gouv.fr/bo/2025/Hebdo25/MENH2516757C
– Enfin, les collègues doivent pouvoir être soutenu·es dans leur choix de travailler sur d’autres objets que les items des évaluations nationales. En effet, au fil du temps, l’effet délétère de certains items et du pilotage par les indicateurs se révèle : pour la fluence par exemple, les évaluations d’entrée en 6ème montrent que la focalisation sur les entraînements de fluence (environ +3 points en 3 ans) a un impact négatif sur la compréhension (-8 points en 3 ans) et donc sur les finalités mêmes de l’apprentissage de la lecture.
Une période d’intervention syndicale s’ouvre donc sur les questions de formation continue, mais à travers cette thématique, sur le respect de la professionnalité enseignante. Le pouvoir d’agir des formateurs et formatrices du 1er degré est également en cause, car ils et elles sont de plus en plus traités en “instanciateurs” (exécutants) d’une formation continue conçue par l’EAFC (sur commande des DASEN).

