Depuis le début de la Macronie, une petite litanie est diffusée continuellement :
l’école c’était mieux avant !
Les annonces des différent.e.s ministres de l’Éducation Nationale confirment une volonté passéiste de « modification » de l’école. On ne peut pas parler ici de réforme car cela sous entendrait progrès…
Ce constat combiné au vocabulaire belligérant de M. Macron : « réarmement démographique » , « le réarmement civique » et le « nous sommes en guerre » ne peut que nous renvoyer à la première moitié du XXème siècle.
Quel noir tableau ! me direz-vous… Alors voici la lueur d’espoir :
C’est à la suite de la 1ère guerre mondiale qu’est né le plus grand bouleversement pédagogique européen avec l’école nouvelle.
Maria Montessori en Italie, Ovide Decroly en Belgique, l’écossais Alexander Neill, Paul Geheeb en Allemagne, et la pédagogie de Célestin Freinet en France.
Alors pour une fois, c’est nous qui utiliserons le passé historique pour défendre l’école de demain :
Condorcet, Ferdinand Buisson, Jules Ferry et Célestin Freinet défendaient en leur temps que « L’école n’est pas là pour former des bénis oui oui mais des citoyens critiques capables de s’impliquer dans la formation de la démocratie. », que le débat permet l’émergence de la démocratie.
L’école moderne c’est une école qui émancipe, qui forme pour un enrichissement personnel et non pécuniaire.
Voici les réponses que Célestin Freinet apportait déjà en 1958 (source France Culture) aux annonces d’Attal :
– Aux groupes de niveaux au collège il répondait que l’école doit rejeter le classement et valoriser, encourager les progrès.
– à la réforme de la filière professionnelle il argumentait : « sur le marché du travail, l’individu cultivé, l’individu intelligent, qui a beaucoup de possibilités gagne beaucoup mieux sa vie alors que ceux qui restent robots ne gagnent plus leur vie. L’école doit cultiver les individus dans des études. »
– Aux nouvelles conditions d’accès au lycée par la mise en place de classes prépa-seconde en LGT ou LP pour les élèves admis en classe de seconde mais échouant au diplôme national du brevet, il disait : « Nous ne sommes pas des orienteurs » C. Freinet
– à la labellisation des manuels à l’école primaire et aux évaluations nationales standardisées : « Freinet institue l’enseignant comme un vrai professionnel solidaire des autres professionnels et chercheurs de ses propres pratiques » Philippe Meirieu pédagogue et chercheur en sciences de l’éducation poursuit en précisant « Il inverse la prolétarisation de l’enseignant au sens de Marx ( l’ouvrier est prolétarisé quand son intelligence est transféré dans la machine, c’est à dire que la machine est intelligente à sa place) » Ici Meirieu fait référence aux demandes institutionnelles, aux manuels aux outils informatiques ou pas. C’est le prolétarisation de l’enseignant du XXIème siècle.
Les enseignant.e.s ne peuvent pas être de simples exécutant.e.s. Nous sommes des chercheuses, chercheurs et devons mutualiser ensemble nos découvertes et être respecté.e.s en tant que tel.le.s !
Alors chacun.e, attachons nous à émanciper nos élèves en refusant pour commencer de cacher les inégalités sous un costume unique et en faisant naître le débat, l’esprit critique dans nos classes car
« Il faut que nous les équipions pour qu’ils ne se contentent pas de subir la société qu’ils et elles auront en face d’eux, mais qu’ils et elles s’apprêtent avec leurs camarades à la dominer. » C. Freinet à Neuchâtel en 1958, soit 1 an avant la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans en 1959.
Cet article a été écrit à partir du podcast de France Culture que vous pouvez écouter ou réécouter ICI
Et pour en savoir plus sur la prolétarisation des enseignants, ne manquez pas ENSEIGNANTS, les nouveaux PROLÉTAIRES de Frédéric Grimaud aux éditions Sciences Humaines.

