Filles et maths, vers une pédagogie égalitaire : billet d’humeur…

Le plan de formation égalité filles- garçons vient d’être déployé sur notre département. Hormis les collègues concerné·e·s par l’évaluation d’école, nous sommes dans l’obligation de participer à cette formation dans le cadre horaire du rattrapage de la journée de solidarité.

Le cadre étant posé, discutons maintenant du fond et du contenu…

Je reçois hier, un mail pour aller remplir un questionnaire préalable à la formation, un questionnaire d’auto positionnement sur la plateforme Magistère. Comme je suis sensibilisée et me sens légitime sur ces questions, c’est parti, je vais jeter un œil…

Le questionnaire n’a que très peu de rapport avec les questions de luttes contre les discriminations : Comment j’aménage ma classe, suis-je sensible aux relations entre les élèves…

Deux questions retiennent cependant mon attention…

Question 8 : « J’emploie un langage égalitaire en utilisant soit des mots épicènes soit en employant à la fois le féminin et le masculin »

Et oui… parce que depuis le décret du 5 mai 2021 paru au BO écrit par M. Blanquer, il est formellement exclu que nous puissions employer le point médian dans notre profession. Il faut donc vérifier, quelques années plus tard, que nous féminisons quand même les métiers et que nous nous adressons à tous et toutes dans une forme inclusive. Certains arguments semblent solides : apprentissage de la lecture rendu plus difficile pour certains et certaines élèves confronté·es à certains handicap ou troubles de l’apprentissage.

Mais le reste ?

Selon les termes écrit dans le BO du 5 mai 2021, « La langue française deviendrait inintelligible, les promoteurs (et promotrices?) de l’écriture inclusive violenteraient les rythmes d’évolution du langage selon une injonction brutale » selon les membres de l’Académie française.

Ah ! L’Académie française! Instance réactionnaire créée en 1634 par Richelieu pour« perfectionner et faire rayonner les lettres françaises » est constituée d’hommes blancs dominants qui savent parfaitement que la langue est un enjeu de distinction sociale, un enjeu de domination de la classe bourgeoise sur la classe populaire, un enjeu du patriarcat …

« Notre langue est un trésor précieux que nous avons vocation à faire partager à tous nos élèves, dans sa beauté et sa fluidité, sans querelle ni instrumentalisation » pouvons-nous lire ensuite dans le BO. Mais qui sont les personnes qui écrivent cela ? Qui instrumentalise ? Qui querelle ? Qui trouve que notre langue est belle ? Qui pense qu’elle ne doit pas évoluer trop vite ? Peut-être sont-ce surtout celles et ceux (surtout ceux) qui y jouent des intérêt de classe et de domination…

J’en viens alors à la question 13…

Question 13 : « Je suis vigilant, vigilante à identifier les groupes socialement dominés et j’engage des actions pour sensibiliser et faire évoluer positivement ces rapports inter-individuels »

L’éducation nationale serait-elle favorable à l’intersectionnalité ? Mais qui est dominé·e ? Les femmes ? Les catégories sociales défavorisées ? Les ouvrières et ouvriers, les immigré·es ? Les personnes racisées ? Les femmes ? Celles qui travaillent majoritairement dans les services à la personne, dans les métiers du care parce que le patriarcat bourgeois les a volontairement confinées dans ces domaines ? Celles qui sont majoritairement à temps partiel subi ? Celles qui ont des différences de salaires telles qu’elles s’arrêtent d’être payées à 15H40 chaque jour ?

Et avec tout ça, que fait l’éducation nationale ?

Valorise-t-elle réellement l’émancipation de la personne, quelle que soit son origine sociale, sa classe, sa race, son genre et son sexe ?

Les évaluations nationales en sont le parfait exemple…

L’éducation nationale vérifie-t-elle que ses personnels sont correctement traité.es, valorisé.es, reconnu·es, respecté·es, concepteurices (tiens… et si l’écriture inclusive ne se limitait pas au point médian…) de leur métier ?

Et pour finir… Je reçois un mail de confirmation comme quoi je suis inscrit à la formation…

Rien ne va… Non vraiment, rien ne va…

Être formé·e à la pédagogie égalitaire est une évidente nécessité, pour nous toustes (tiens… et si l’écriture inclusive ne se limitait toujours pas au point médian…). Notre société, si elle se veut égalitaire et émancipatrice, passera par un investissement fort de la formation de la jeunesse.

C’est une nécessité donc, mais la cohérence et la qualité doivent être un préalable à toute formation.

Il serait temps de nous former à la question de l’éducation égalitaire avec des cherchereuses reconnu·es dans leur domaine qui nous apporteraient de la matière à discuter, débattre, construire. Si, en plus, on pouvait profiter de réelles méthodes d’éducation populaire qui permettent le développement de notre esprit critique…

En attendant, proposons :

1/ que les enseignantes se mettent 10/10 à tous les items du questionnaire

2/ de s’autoriser l’écriture inclusive, dans toutes les formes qu’elle revêt. N’ayons pas peur d’une langue qui évolue. Mieux; puisse cette langue vivante avancer plus vite que nous et être précurseuse.

3/ de respecter l’accord du sujet avec son attribut à savoir, corriger la phrase suivante :

Bonjour Julie, vous êtes inscrit au cours Filles et maths : vers une pédagogie égalitaire

par : Bonjour Julie, vous êtes inscrite au cours Filles et maths : vers une pédagogie égalitaire

Ce n’est pas grand chose, et ce serait un bon début…